Che Guevara sur la tête, photo inédite

De conserve et tous à moitié endormis nous déhottâmes de nos voitures respectives, l’arrivée sur le site s’étant fait dans l’ensemble le plus parfait — sauf pour celui d’entre nous, exception qui confirmait la règle, qui avait à tort anticipé des embouteillages monstres et était donc arrivé une demi-heure en avance… Déjà ou encore en costard, il finissait sa nuit sur le volant de sa petite voiture.

On n’avait jamais vu des musiciens debout aussi tôt un dimanche matin en juillet. Nous mêmes, nous ne nous étions jamais vus aussi tôt. Nous n’en revenions pas. Nous avions tous joué la veille, allions tous jouer le soir même, les uns avec les autres, ou avec d’autres encore, dans d’autres orchestres.

Je vous parle bien sûr d’un temps lointain que les plus jeunes n’ont pas connu : celui où les musiciens de jazz avaient, de façon régulière, du travail.

C’était l’été 2008.

Aux musiciens même fatigués il est toujours agréable de retrouver les copains dans la perspective de faire de la musique, fut-ce à une heure invraisemblable, fut-ce dans les conditions les moins carnegiehallesques. Surtout aux musiciens fatigués, peut-être. Nous nous souriions bêtement dans la lumière du matin, plissant des yeux, et nous nous demandions où nous pourrions trouver du café.

Le quai était désert, qui allait bientôt accueillir la foule à l’occasion, presque traditionnelle déjà, du passage des bateaux de l’Armada de Rouen en partance vers Le Havre et les océans qui font rêver.

La promesse de café se matérialisa avec l’arrivée d’une employée municipale qui nous indiqua la tente où nous allions pouvoir nous écrouler en attendant le moment de fanfarer à la façon de nos confrères de la Nouvelle Orléans. Une satisfaction palpable traversa les rangs, mélange d’incrédulité face au miracle, et de confiance en la vie, qui toujours prend en charge ceux qui prennent la peine de croire en elle.

Sous la tente en prime attendait les saltimbanques une caissette de croissants. La vie devenait carrément fantastique. On sut que la journée serait excellente. Bientôt la cafetière borborigma et l’orchestre atteignit l’apex de son unité.

Quelques heures plus tard — mais pourquoi au fait nous avaient-ils fait venir aussi tôt, quelqu’un de sensé pouvait-il nous le dire?… peu nous importait bien sûr puisque nous avions vécu ça, puisque nos vies s’étaient enrichies d’un autre de ces fabuleux moments d’entre-deux — nous étions installés en plein cagnard face à un public qui nous tournait le dos (eh oui!), swinguant comme des barjos, et qu’est-ce que c’était que ce type qui avait mis son pull sur sa tête, vite, où était mon appareil?…

 

© Loïc Seron – 13 octobre 2010 – www.loicseron.com

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2 commentaires pour Che Guevara sur la tête, photo inédite

  1. Thomas dit :

    Rires.

  2. Thomas dit :

    Et un message d’espoir…

    « La musique de Jazz, si longtemps incomprise et décriée, souvent malmenée, toujours pillée, triomphe de tous les obstacles et continue, après plus de cent ans d’un parcours parfois chaotique, de susciter des vocations de plus en plus nombreuses. Un nombre toujours plus grand de musiciens y ont consacré leurs vies. »

    Martial Solal

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