L’appel de la forêt – correspondances

Il paraît qu’il n’est de bonnes lectures que celles faites hors-contexte.

À Lisbonne en photo-vagabondage dilettante il y a quelques semaines (des photos bientôt, j’ajouterai un lien ici), j’ai lu, une fois, deux fois, un petit livre de l’aventurier des temps modernes qu’est Sylvain Tesson, sur son expérience d’ermite en Sibérie.

Le hors-contexte, plutôt réussi, a bien fonctionné : j’ai adoré. Presque tout. Mais adoré bien bien, hein : ce livre m’a éclaboussé de bonheur. J’y a trouvé mille perles. Me suis senti fortement interpellé, comme on disait pompeusement il y a quelque temps. On trouve parfois imprimées dans un livre des idées avec lesquelles on se sent des affinités particulières, qui résonnent instantanément avec celles que l’on ressent intimement depuis un bon bout de temps…

Vous connaissez l’oiseau Tesson? Un sacré phénomène, géographe de formation, alpiniste, doté d’une énergie, d’une curiosité et d’une résolution fantastiques, qui depuis vingt ans court le monde à pied, à vélo, à cheval, à moto parfois, et en en rapporte des récits ébouriffants. Un suractif qui ne tient pas en place et cultive son jubilatoire grain de folie sur les chemins du monde, et tant mieux s’il n’y a pas de chemin. Un écrivain franc et spontané autant que sensible et introspectif, friand d’aphorismes.

Jeune, avec ses amis d’escalade, il gravit à mains nues toutes les cathédrales de France et d’Europe, sans autorisation bien sûr, pour y passer des nuits à la belle étoile sur quelque corniche. Activité potache et périlleuse (don’t try this at home! comme disent les Anglo-saxons), qui gagne encore en sel par mauvais temps… Dans Petit traité de l’immensité du monde, Tesson évoque une nuit d’orage électrique passée en haut de la flèche de la cathédrale de Rouen…

Dans la vie de quasi-tous les jours, il aime aller dormir en forêt, tendant son hamac entre deux arbres à quinze mètres du sol. Pour le plaisir.

Ses périples faramineux, quand il les effectue à pied, se font habituellement au rythme de cinquante kilomètres par jour minimum. Ainsi, il a retracé le parcours des évadés du goulag, de la Sibérie au golfe du Bengale, seul dans la taïga, les steppes, le désert de Gobi, l’Himalaya, et compagnie. Six mille kilomètres. Sans assistance, il va sans dire : lui, c’est la réalité sans la télé! Ça lui a inspiré L’axe du loup. Il a aussi longé un pipeline d’Asie centrale, de la mer d’Aral jusqu’à la Méditerranée, à vélo, sur trois mille kilomètres. En a tiré de passionnantes réflexions (Éloge de l’énergie vagabonde). J’en passe et des meilleures, des plus lointaines, des plus dingues, des plus exaltées.

Ce genre de gars.

En 2010, à trente-sept ans, il se trouve las d’être celui qui, omnubilé par le mouvement, court le monde avec frénésie. Il décide de mettre à exécution un nouveau projet-défi qu’il s’auto-menaçait de réaliser depuis quelques années déjà : passer six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie — en y arrivant au cœur de l’hiver bien sûr, par des températures polaires, sinon c’était trop facile. Pour voir comment il allait vivre l’immobilisme du sédentaire…

Si ce garçon aimait la photo, nul doute qu’il aimerait le contraste.

Mais il n’aime pas la photo. On en reparlera.

Il aime les livres, plutôt. La vodka, aussi. Il en emporte des caisses entières — il détaille la liste de ses bouquins-pour-cabane-déserte au début de l’ouvrage — , et quelques autres encore, qu’il a remplies de nourriture et de matériel. De quoi voir venir quelques mois, quand même. De quoi couper du bois. De quoi pêcher. De quoi transformer la lumière du soleil en électricité.

Il se fabrique donc son petit paradis terrestre, au fin fond du monde, à une journée de marche du plus proche voisin pareillement isolé, à cent vingt kilomètres du premier village. Un ermitage où,  pour reprendre le mot d’un que j’aime beaucoup (évoqué par un autre que j’aime autant), le nombre de cons au kilomètre carré devient presque supportable — presque, ajouterais-je, parce qu’on en est toujours un soi-même, ne serait-ce qu’aux yeux des autres…

Avouons que ça donne envie. Et d’ailleurs…

L’homme aux semelles de vent, prénommé comme en prévision de cette expérience, devient homme des bois : il se fait sylvain. Avec, en prime de l’immense forêt de cèdres qui entoure son neuf mètres carrés spartiate, éléments non négligeables de son somptueux décor, le Baïkal, véritable mer intérieure qu’il explorera d’abord à pied (eh oui, sur la glace, pardine!), puis en canoë après la fonte, et les montagnes qui se dressent derrière la cabane, culminant à deux mille mètres d’altitude, dont bien sûr il foulera longuement les flancs et sillonnera les sommets à la recherche la corniche idéale pour un  bivouac sous les étoiles — y compris au plus froid de l’hiver…

Le paradis, je vous dis!

Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre.
 

C’est le premier d’une longue série d’extraits que j’ai relevés au cours d’une troisième lecture, au retour…

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps. Dans la cabane, le temps se calme.
 

Et c’est là que j’ai commencé à penser à « ma » cabane, qui n’est pas la mienne, à mon merveilleux Là-haut déjà évoqué ici il y a quelque temps. Non pas que j’apparente mes tranquilles et estivales villégiatures alpines aux exploits (à lui ordinaires, dirait-on) de l’aventurier de l’extrême qu’est Tesson, bien sûr. Mais j’ai trouvé, dans les réflexions que lui ont inspiré les six mois de solitude passés en Sibérie, d’innombrables correspondances avec les sentiments ressentis, séjour après séjour, dans ce chalet de pierre où j’ai connu tant d’heures de bonheur puissant.

Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L’équation de ces conquêtes mène en cabane.
 

C’est exactement ça! Et bien sûr le havre de la cabane est le camp de base des balades alentour, des explorations diverses, des itinéraires empruntés cent fois, mille fois, et que toujours on semble découvrir avec des yeux neufs, des sensations vierges.

Un peu au-dessus de là-haut, août 2012

Un peu au-dessus de là-haut, juillet 2010

Dans la vie, il faut trois ingrédients : du soleil, un belvédère, et dans les jambes le souvenir lactique de l’effort.
 

Idem, en regardant vers l’ouest

Avant toute chose, un beau paysage devant les yeux. Ensuite tout peut s’arranger, la vie peut commencer.

Grinçant (ou simplement réaliste?…), Tesson tempère cette belle affirmation un peu plus loin :

La beauté ne sauvera pas le monde, tout juste offrira-t-elle de beaux décors pour l’entre-tuerie des hommes.
 

Oui, bon, vu comme ça…

De toutes façons, il avait donné le ton de ce fatalisme dès la quatrième de couverture :

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. […] Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence — toutes choses dont manqueront les générations futures? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. 
 

Et dans les première pages :

Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’eldorado. […] Un jour, les pétroliers saoudiens, les nouveaux riches indiens et les businessmen russes le comprendront. Il sera temps alors de monter un peu plus en latitude et de gagner la toundra. Le bonheur se situera au-delà du 60e parallèle Nord.
 
 

Ma foi, vu comme ça, on apprécie d’autant plus les beautés du monde. Et il ne reste plus qu’à espérer que, le temps aidant, la conscience de la fragilité du monde fasse son chemin dans les esprits.

Bien sûr, l’isolement est propice à la contemplation et à l’introspection. En six mois, Tesson a eu le temps — c’était un des buts de son ermitage — de réfléchir à un paquet de choses…

Aujourd’hui, je n’ai nui à aucun être vivant. […] vivre sans faire de mal à personne. Ne pas nuire. Après une journée dans la cabane des Cèdres du Nord, on peut se le dire en se regardant dans les glaces.
 
Cette vie procure la paix. […] L’ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. La lecture, l’écriture, la pêche, l’ascension des versants, le patin, la flânerie dans les bois…
 
Le monde est gris de nos fadeurs. La vie paraît pâle? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l’entourage insupportable, c’est un verdict : vous ne vous supportez pas!
 
Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie.
 
En ville, le libéral, le gauchiste, le révolutionnaire et le grand bourgeois paient leur pain, leur essence et leurs taxes. L’ermite, lui, ne demande ni ne donne rien à l’État. Il s’enfouit dans les bois, en tire subsistance. Son retrait constitue un manque à gagner pour le gouvernement. Devenir un manque à gagner devrait constituer l’objectif des révolutionnaires. Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu’une manifestation hérissée de drapeaux noirs. Les dynamiteurs de la citadelle ont besoin de la citadelle. Ils sont contre l’État dans le sens où ils s’y appuient.
La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c’est disparaître des écrans de contrôle. L’ermite s’efface. Il n’envoie plus de signaux téléphoniques, plus d’impulsions bancaires. Il se défait de toute identité. Il pratique le hacking à l’envers, sort du grand jeu. Nul besoin d’ailleurs de gagner la forêt. L’ascétisme révolutionnaire se pratique en milieu urbain. La société de consommation offre le choix de s’y conformer. Il suffit d’un peu de discipline. Dans l’abondance, libre aux uns de vivre en poussah mais libre aux autres de jouer les moines et de se tenir amaigris dans le murmure des livres. Ceux-ci recourent alors aux forêts intérieures sans quitter leur appartement.
 

Hmm…

Cette dernière, réjouissante :

La solitude : ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve.
 

Ah, si on va par-là… on trouve aussi :

Qu’est-ce que la solitude? Une compagne qui sert à tout. Elle est un baume appliqué sur les blessures. Elle fait caisse de résonance : les impressions sont décuplées quand on est seul à les faire surgir. […] Elle génère des pensées puisque la seule conversation possible se tient avec soi-même. Elle lave de tous les bavardages, permet le coup de sonde en soi. Elle convoque à la mémoire le souvenir des gens aimés. Elle lie l’ermite d’amitié avec les plantes et les bêtes et parfois un petit dieu qui passerait par-là.
 

Et le fait est que l’on considère généralement la solitude comme une voie sans issue, non une conquête :

En Creuse, août 2013

En Creuse, août 2013

Tiens, justement… la Creuse… Mais revenons à nos moutons.

Le Tesson va donc ermiter et aventurer six mois dans un décor qui, à son arrivée, en plein hiver, doit ressembler aux immensités glacées que j’ai eu la chance de parcourir (un peu!) dans le grand nord canadien en février 2007…

À 200 km du cercle polaire. Diavik, Territoires du Nord Ouest, Canada

À 200 km du cercle polaire. Diavik, Territoires du Nord Ouest, Canada

Et le lac Baïkal, sur lequel il a marché, patiné, pêché, tracé des poèmes dans la neige, sur lequel il s’est allongé parfois pour éprouver la sensation d’être couché à la surface de l’eau avec sous lui des centaines de mètres de fond, lui apparaissait peut-être comme ça :

Au même endroit, en regardant vers le pôle nord...

Au même endroit, en regardant vers le nord…

Pour le paysage derrière la cabane, la forêt de cèdres et les montagnes sibériennes, je n’ai sans doute rien de comparable à proposer… ne puis que laisser mon imagination vagabonder au fil des descriptions qu’en fait Tesson.

25 mars
Ce matin, le temps permet de sortir pour la première fois depuis des jours. Je monte à la cascade par un autre itinéraire, sur la rive droite du torrent. La forêt où s’accumule la neige me réserve son épreuve. Deux heures pour venir à bout de 400 mètres de dénivellation. Les pics martèlent les troncs morts. Puis viennent 200 mètres de bon terrain durci. Mais ensuite, calvaire pour traverser une combe encombrée de pins nains. Je m’écroule dans des chausse-trappes profondes de un mètre. Je vise une saillie de granit à cent mètres au-dessus de la cascade de glace.
 
30 mars
Un saut à la cascade de glace aujourd’hui par un nouveau chemin. Je remonte la première vallée au sud de ma cabane et à l’altitude de 1000 mètres entreprends un long contournement de l’épaule. Je passe l’arête, quelques gendarmes de granit pourri percent la couche de neige. Je continue à flanc de pente sur la neige durcie. Parfois une coulée de pins nains ruine mes efforts. Je peine cinq heures entières avant d’atteindre la rive gauche de l’entaille fermée par la cascade.
 
15 avril
Il me faut deux heures et demie pour sortir de la forêt. Je remonte le cours de la deuxième vallée au sud de ma cabane pour y chercher un bivouac. Malgré les raquettes, j’enfonce à mi-cuisse. Chaque pas, une haute lutte. J’arrive à la lisière supérieure de la forêt à 7 heures du soir, trempé. Je choisis un replat à 1200 mètres d’altitude au-dessus d’un pierrier. À cent mètres en contrebas, une trace de glouton court à flanc. L’animal n’hiberne pas. Il fait un froid de gueux. Des pins nains dégagés par le vent rampent sur les blocs couleur rouille. La Bouriatie est un filament rouge à l’orient. Je coupe des brassées de pin pour me faire un matelas et lance un feu dans l’ombre. Je monte la tente, y jette le matelas et mon duvet.
 
10 mai
L’après-midi, je monte à la cascade. La neige colle encore aux raquettes dans le sous-bois, et les pins nains entravent la marche plus que jamais. […] Sur le bord de l’entaille menant à la chute d’eau, le printemps prépare le sacre. Des forces fragiles percent. Les anémones de montagne, velues, tremblent au soleil. Les herbes ont poussé entre les névés. Une ligne de mes empreintes a tenu sur un pan de neige. Un ours l’a suivie avant de redescendre vers la rivière. Les fourmis ruissellent sur le flanc de leurs cités d’aiguilles. On croirait une pyramide précolombienne (légèrement érodée). Le torrent s’est libéré et disparaît sous la glace au débouché de la vallée. La montagne fond. Les versants sont striés de coulées vives pressées comme des filles de se mêler au lac. Les bourgeons des aulnes ont crevé leurs écailles. Les bosquets d’azalées sont mouchetés de fleurs violettes. Les feuilles cireuses exhalent une odeur d’encaustique. La timidité de la nature prélude à son triomphe.
 
17 mai
Je plie le camp et monte le long de l’arête pendant cinq heures. […] Le fil se redresse et à 1600 mètres j’atteins la couche de neige durcie. […] Au sommet, à 2100 mètres, il fait un froid de zek. Vers l’est, le cœur de la réserve naturelle se dévoile. La chaîne de montagnes qui longe le Baïkal s’afaisse sitôt passé le revers de la crête. La perspective s’étrécit  vers le nord, parallèle au rivage. Le Baïkal : camée serti dans une châsse. Vers l’est, les vallonnements déroulent des forêts de pins gris, tachetées de lacs et striées d’affluents.
 
 

S’l y a une chose dont Tesson ne se vante jamais, c’est sa caisse, comme on dit en montagne, sa condition physique, sa résistance et son endurance, qui sont impressionnantes. Il monte en pleine neige pendant sept heures par un froid… sibérien; il s’élève de 1200 mètres dans la forêt et au-delà; il franchit les arêtes, escalade les cascades… Et avec quelle assurance! Car le tout s’effectue bien sûr dans la plus totale solitude et dans un milieu qui pourrait s’avérer mortel en quelques heures en cas de problème. Une mauvaise entorse, une jambe cassée et, sans aucune assistance possible, c’est le calvaire assuré, la mort presque certaine… Mais, à mille lieues du mythique et terrifiant Construire un feu de Jack London — alors que, somme toute, les conditions sont quasiment les mêmes — , Tesson prend ces risques très placidement, ne semble pas penser au danger, prenant à l’évidence plaisir à se surpasser pour conquérir l’indispensable inutile des sommets, loin des sclérosants principes de précaution. Son fol enthousiasme y participe sans doute autant que l’expérience accumulée en vingt ans de pérégrinations extrêmes et spontanées, nées de l’irrépressible désir de voir le monde.

En tous les cas il ne faut pas compter sur lui pour nous faire la soirée diapos de son séjour en Sibérie…

Penser qu’il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l’intensité d’un moment.
 

Mon cher Sylvain, que tu ne sois pas photographe, c’est un fait que personne ne saurait te reprocher. Mais là n’est pas la question : je crois que l’on peut attribuer cette effroyable déclaration au fait que le plus grand nombre de photos dont tu disposes de tes innombrables voyages autour du monde ont été réalisées par ton cousin Thomas Goisque, qui t’a souvent rejoint ici ou là, rapportant de ses séjours avec toi des reportages pour les magazines, des livres entiers parfois. Or il est très bon photographe, mais il n’est pas un photographe très métaphysique. Et je me permets de penser que ce que tu aimes dans l’intensité d’un instant, c’est sa richesse métaphysique plutôt que sa stricte apparence, fut-elle formellement très belle… Non?… Cela dit en toute sympathie, bien évidemment, et en fraternité cabanistique…

Si je l’avais sous la main, le bon Tesson, voilà ce que je lui dirais… Et puis je m’arrangerais pour qu’il accepte que je le prenne en photo! D’ailleurs, il n’est pas dit que cela ne se fasse pas un jour… J’aimerais beaucoup essayer de capter l’énergie et la vitalité de cet être étonnant, qu’il faut remercier de nous faire rêver et voyager avec ses histoires de cabanes, qui donnent à réfléchir sur la vie toute entière.

Le recours aux forêts est recours à soi-même. Privé de voiture, l’ermite marche. Privé de supermarché, il pêche. Privé de chaudière, son bras fend le bois. Le principe de non-délégation concerne aussi l’esprit : privé de télé, il ouvre un livre.
 

Bon, je ne sais pas si j’oserais lui faire ma petite morale à deux roubles sur les hectolitres de vodka — par lui surnommée « poison » — qu’il a ingurgités en six mois… semblant contredire ce bel amour de la vie qu’il manifeste dans ses livres… Ça ne se fait pas. Même aux êtres rendus chers par la lecture de leurs bouquins? Même. Ah bon.

Alors je lui parlerais de ma nouvelle cabane à moi, que j’ai trouvée et adoptée récemment, non pas au bout du monde mais au bout d’une route de campagne, en Creuse… C’en est un aussi, finalement, de bout du monde, mais moins loin : on a besoin de nettement moins d’avions pour la rejoindre! Si tu savais comme c’est beau, là-bas, Sylvain! Les murs de rondins des maisons de la Creuse sont en pierre… mais c’est le même poêle à bois ou tout comme, les mêmes gestes pour le nourrir, et puis le silence, le recueillement, la réserve de bouquins, de pensées, de vadrouilles et déambulations possibles alentour sont quasi tout aussi beaux et sans limite que ceux que tu as connus en Sibérie, j’en suis sûr! Quant aux merveilles offertes à l’appareil photo… vois ce qu’en une seule balade une seule de mes pellicules a reçu comme photons sur sa surface sensible il y a dix jours à peine…

  Décembre 2013

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D’après Courbet

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Tiens, il se trouve que Claude Monet était tombé amoureux du coin et qu’il y a fait de nombreuses toiles… Même en photo et en noir et blanc, on comprend bien pourquoi! Je trouve de plus en plus que le peintre et le photographe ont la même démarche, d’ailleurs…

Voilà… L’appel de la forêt cher au cher Jack peut se manifester partout et à tout moment. Et les cabanes du monde, propres ou figurées, sont innombrables, propices à un salutaire retour au calme et à l’essentiel. Ici et là, portatives parfois sous la forme d’un bon bouquin, d’un instrument de musique, d’un vélo, d’une paire de chaussures de marche, d’un ami, d’un être aimé, elles nous tendent les bras, nous accueillent et nous font du bien… Paraphrasons Brassens pour préconiser en cas de sauve-qui-peut : « Chacun sa cabane et courage »!

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, folio Gallimard, une photo prise par l’auteur en couverture, eh oui, quand même!

Heureuse année 2014…

© Loïc Seron – 07 janvier 2014 – www.loicseron.com

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4 commentaires pour L’appel de la forêt – correspondances

  1. Jacques dit :

    Moi, dans la pile de livres emportés, je glisserais quelques recueils de chansons, avec sans doute Moustaki:

    Pour avoir si souvent dormi
    Avec ma solitude
    Je m’en suis fait presqu’une amie
    Une douce habitude
    Ell’ ne me quitte pas d’un pas
    Fidèle comme une ombre
    Elle m’a suivi ça et là
    Aux quatre coins du monde

    Non, je ne suis jamais seul
    Avec ma solitude

    Et pour se mettre dans l’ambiance sibérienne avant le départ, il faut regarder Dersu Uzala.

    Bonne année Loïc!
    Jacques

  2. Berteloot dit :

    Bonjour Loïc
    Une correspondance de plus… je suis justement en train de lire de lire « Dans les forêts de Siibérie » et je m’en émerveille chaque jour davantage, comme toi !
    Merci pour ton bel article, et je te souhaite une belle année.
    Isabelle.

  3. Marie Thirion dit :

    Mille merci pour cet article, je vais chercher le livre de Sylvain Tesson al più presto!

  4. vincent bourgeyx dit :

    Purée tu sais écrire toi !

    bravo

    bises v

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